Jordan Ricker

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  • May 06, 13

    A l’époque des discours prophétiques sur le web 2.0, on rêvait de renouveler la démocratie par le web en offrant aux citoyens de nouvelles façons de participer à la décision publique. Ce temps semble aujourd’hui révolu tant désormais la classe politique française parait plus préoccupée par la régulation du web (comme récemment Fleur Pellerin avec Twitter) que par une réelle réflexion sur la démocratie numérique.

    La participation citoyenne en ligne, l’apanage des médias

    Pour l’essentiel, la participation en ligne sur les questions de société se joue aujourd’hui dans les espaces de commentaires des médias (et quelques forums d’envergure). Depuis plusieurs années nous étudions ces commentaires pour l’un de nos clients  ce qui nous donne un bon point d’observation de leur évolution. Sur chacun des grands débats de société récents on constate que ces espaces sont très réactifs, riches d’informations et permettent d’être en prise directe avec une opinion difficile à capter par ailleurs. Mais aussi, de plus en plus, ils sont le lieu d’expression privilégié des groupes minoritaires qui les investissent de manière organisée pour faire entendre leurs idées. Une attitude bien connue sur le web que l’on qualifie de trolling.

    Récemment  Le Monde s’est fait l’écho d’une étude sur le trolling et ses conséquences qui posait une question très importante :

    Les commentaires injurieux ou agressifs étant à peu près généralisés sur le Net, ces résultats expérimentaux posent la question cardinale de savoir si l’utilisation grandissante de la Toile à des fins d’information concourt à polariser la société sur des questions autres que scientifiques ou techniques (nanotechnologies, OGM, changement climatique, etc.), à forte teneur politique ou économique.

    Cette conclusion peut inquiéter, surtout si on la rapproche des travaux d’Eli Pariser (entre autres) qui avance que le web agit comme une chambre d’échos où l’individu se trouve sans cesse confirmé dans ses opinions car il aurait tendance à ne suivre que des individus ou des médias qui partagent a priori son système de valeurs.

    Loin de contribuer à l’expression d’un pluralisme, le web contribuerait donc au contraire à polariser l’opinion jusqu’à la réduire en une opposition entre pro et antis.

    Des réponses techniques et politiques

    D’une part le trolling n’est pas une donnée irréductible du web, il peut être contenu dans des proportions raisonnables. Si, à n’en pas douter, il existe certainement dans la société une fraction d’irréductibles trolls prêts vaille que vaille à polluer tous les débats ceux-ci ne constituent qu’une infime part de la population et ne doivent pas bloquer le débat. Les commentaires tiennent plus de la foire d’empoigne que du forum romain en grande partie parce qu’ils sont relégués en bas de page, sur un mode essentiellement réactif et émotionnel. Sur ce point, l’exemple des pages débat de The Economist prouve que des alternatives existent.

    D’autre part, si la tendance actuelle du web confirme l’idée des chambres d’échos il existe des îlots où la parole se rapproche de l’idéal des Lumières d’une discussion raisonnée, du moins si l’on en croit David Weinberger. L’auteur du Clue Train Manifesto, déclarait ainsi dans une communication donnée au PDF en 2012 :

    It is an echo chamber with a commitment to the value of curiosity, and strong norms of empathy, acceptance and love. It can engage with other points of view without giving up its own values or its snarky silliness. And from this, as the SOPA protest showed, can come political action.

    On peut contester, ou au moins nuancer, ce propos. Toutefois, l’exemple de l’Iama de Barack Obama incite à la réflexion tant on doute qu’une telle expérience eut été possible en France. D’abord parce que il n’existe pas d’espace comparable à Reddit et ensuite parce que le personnel politique se sert du web plus pour diffuser ses messages que pour discuter avec les citoyens.

    Alors que la société française est traversée de tensions complexes que les moyens traditionnels de la démocratie parlementaire ont du mal à résoudre, le renforcement de dialogue entre citoyens et décideurs publics semble crucial. Des initiatives émergent pour proposer des solutions, comme récemment Parlement & Citoyens dont nous avions déjà parlé ici. Le gouvernement du Royaume-Uni a fait de notables efforts en matière de design de services en ligne. Un exercice similaire sur la démocratie numérique de la part de l’actuel gouvernement pourrait constituer un beau défi pour les quatre années à venir.

  • May 03, 13

    Lundi 29 avril, c’était la grande finale de la quatrième édition du concours Top Chef sur M6. Si par un quelconque miracle vous n’en avez pas entendu parler, le principe est simple : douze espoirs de la cuisine sont jugés par des chefs de renom dans différentes épreuves culinaires pour tenter de devenir le « Top Chef » de l’année et surtout remporter 100.000€.

    #TopChef

    Il y aurait beaucoup à dire autour de l’émission et sur sa promotion : du hashtag #TopChef2013 qui a affolé Twitter tous les lundis soirs pendant dix semaines, aux classiques partenariats avec de grandes enseignes, en passant par une maigre tentative d’exploiter le potentiel de la télé connectée ou encore par l’impossibilité de garder le résultat final secret malgré toutes les précautions prises par la production.

    Mais ce qui nous intéresse ici est un peu plus original.

    « T’as pas compris, t’es qu’un commis »

    Petit retour en arrière pour comprendre : la grande finale de lundi dernier voyait s’affronter les deux finalistes, Florent Ladeyn et Naoëlle d’Hainaut. Deux profils diamétralement opposés, un jeune chef autodidacte du terroir un peu rêveur contre une sous-chef d’un palace parisien compétitrice acharnée et adepte de la petite phrase humiliante.

    Au terme d’une finale « gustativement parlant assez fade », Naoëlle a remporté le concours. Dans la foulée, des groupes en tous genres se sont montés sur Facebook, surtout pour s’en prendre à la gagnante. La #TeamFlorent s’est insurgée sur Twitter et tandis que la maigre #TeamNaoelle était aux anges…

    T’as pas un euro ? C’est pour Florent.

    Mais de cette victoire jugée par beaucoup comme « imméritée » est né un sentiment d’injustice qui s’est répandu rapidement sur les réseaux. Jusqu’à la création d’une cagnotte sur Leetchi pour soutenir Florent.

    Destiné à l’origine aux anniversaires, aux pots de départs ou aux week-ends entre amis, le service permet de collecter et de gérer facilement de l’argent. Le principe est ici détourné par des fans pour essayer de réunir 100.000€ pour Florent et qu’il gagne à sa façon Top Chef.

    Résultats en 24h : près de 1000 participants et 5.000€ levés, avec des dons dépassant parfois la centaine d’euros. On est certes encore loin des 100.000€, mais les quelques 4.000 partages sur Facebook laissent présager une belle levée de fonds. Appuyez sur F5 et ces chiffres seront d’ailleurs déjà largement dépassés.

    La quête pour la légitimité en ligne

    Leetchi s’est en fait transformé pour l’occasion en site de crowdfunding : à la manière d’un Kickstarter ou d’un Ulule, sans la logique de « don et de contre-don », il propose aux internautes de financer les projets professionnels de Florent.

    Mais au-delà, il est devenu un outil de contestation de l’ordre établi : en participant à la collecte, les internautes viennent contester la légitimité de la victoire de Naoëlle et donc de celle de l’émission et de M6.

    Ces derniers étaient théoriquement les seuls à pouvoir décider des récompenses attribuées au vainqueur. Pourtant, en tentant de dupliquer le montant offert, le public s’oppose au verdict final, redéfinit les règles du concours et se pose en contre-pouvoir pour réparer ce qu’il considère être une injustice. Au risque de faire perdre sa légitimité à l’émission et son prestige au véritable vainqueur.

    On connaissait déjà le succès des circuits alternatifs de financement représentés par les sites de crowdfunding et contournant les grands acteurs traditionnels – l’exemple du film Veronica Mars en tête. Il faudra désormais peut-être apprendre à gérer les questions de légitimité des vainqueurs dans les émissions de téléréalité.

  • May 02, 13

    À l’heure de l’open data et des big data, les données sont devenues la matière première d’objets numériques informationnels : les visualisations de données – aussi appelées data visualisations ou dataviz.

    Format médiatique le plus à même de transmettre les informations extraites des masses de données, les dataviz fleurissent sur le web depuis quelques années et le processus de production tend à se standardiser.

    Le phénomène ne concerne pas que les médias puisque les entreprises sont nombreuses à voir dans les dataviz la réponse idéale aux problématiques de communication imposées par le Web, notamment celle d’interagir avec l’internaute.

    Mutations et nouveaux métiers

    Mais ne met pas en scène ces données qui veut. Les entreprises ont donc dû se doter de nouveaux acteurs capables de collecter ces data, de les analyser et enfin de les mettre en forme. Les postes d’analystes de données – et les diplômes dans le domaine – ou encore de  » designer d’informations  » se sont multipliés et ont ouvert de nouvelles perspectives communicationnelles.

    Certains sites d’informations à l’image de celui du New York Times, du Guardian ou encore de l’ancien pure-player français Owni.fr ont ainsi créé des équipes dédiées aux données et à leur mise en forme.

    La visualisation de données a également stimulé des centaines de petits entrepreneurs. On a pu voir de nombreuses start-ups à l’image de DataVeyes en France offrir leurs services de traitement et de mise en scène des données, et des outils simples de création de dataviz se sont répandus sur Internet.

    Faire l’expérience des données : le dataplay

    Mais la question de leur utilisation soulève encore différentes questions. Si les productions mises en ligne ainsi que l’investissement humain et financier peuvent être salués, les dataviz atteignent-elles leur objectif à savoir transmettre simplement des informations complexes issues de données ? Il semblerait que l’on ait aujourd’hui passé un nouveau cap.


    Trop souvent relégués au rang de synthèse ou de complément d’une production écrite comme le racontent Loup Cellard & Faustine Bougro dans leur compte-rendu pour la FING du Visual Decision du 16 avril dernier, le potentiel des visualisations de données reste encore sous-exploité. Mais plus encore, leur élaboration est encore trop souvent marginale et n’est pas pensée comme faisant partie d’une expérience interactive à part entière dans une perspective de dialogue avec l’internaute. Cet objet numérique mérite donc d’être isolé pour en saisir toutes les potentialités.

    Et les théories du game design semblent fournir certaines réponses aux dilemmes auxquelles les dataviz font face. Comme le racontaient aussi Loup Cellard & Faustine Bougro, elles doivent être élaborées au sein d’une expérience utilisateur ludique afin de répondre aux usages des internautes et de transmettre efficacement les informations. Le but n’est donc pas que l’internaute se contente de quelques clics sur une dataviz pour faire apparaître des chiffres mais bien de faire l’expérience de ces données en les manipulant.

    Une opinion déjà défendue par Colleen Macklin , Julia Wargaski , Michael Edwards et Kan Yang Li en 2011 dans leur article  » DataPlay : Experiments in the Ludic Age « . Une dataviz doit donc être fondée sur un dataplay dans le but , comme l’expliquent les auteurs, de  » lier les pratiques de la visualisation d’information avec celles du game design pour créer des espaces où la donnée n’est pas seulement représentée mais est directement manipulée et transformée à travers le jeu « . L’élaboration de l’expérience utilisateur s’imposerait donc comme le cœur de la visualisation de données réussie car après tout, medium is the message.

  • Apr 29, 13

    Ce billet inaugure une série d’interviews qui auront pour but de vous faire découvrir les tankers et leurs entreprises. Aujourd’hui nous rencontrons Verena, Christiane et Ludovic.

    Pouvez-vous dire quelques mots concernant Amiando ?

    Leader du marché européen, Amiando propose un service innovant d’inscription événementielle en ligne permettant aux organisateurs des événements professionnels de toute envergure de gérer les inscriptions en toute simplicité.

    Depuis ses débuts en 2006, Amiando a redéfini la façon d’organiser des événements et accompagne de nombreuses entreprises et institutions prestigieuses comme BMW, OSEO, TEDx, l’UNESCO, l’Ordre des experts comptables, et bien sûr, Le Web.

    Pour connaître l’actualité d’Amiando, suivez-nous sur twitter !

    Amiando au tank, ça donne quoi ?

    Nous sommes au tank depuis fin 2011, au début nous n’avions qu’un bureau et aujourd’hui nous en avons trois ! Le quartier est très sympa et au centre de Paris ce qui est très pratique puisque nous faisons beaucoup de déplacements. Les locaux et l’ambiance générale nous offrent un environnement de travail à la fois cool et décontracté mais dans lequel il est également possible de recevoir des clients.

    Quel est votre meilleur souvenir au tank ?

    Nous avons vécu beaucoup d’excellents moments avec les autres tankers et spintankers et sortir ensemble après une journée de travail crée plein des bons souvenirs.

     

    Découvrez le tank et ses tankers.

  • Apr 23, 13

    Les « MOOC » (massive online open courses) sont des cours en ligne auxquels des milliers d’étudiants peuvent participer simultanément, de n’importe où dans le monde. Leur promesse : offrir le savoir gratuitement en donnant les mêmes chances à tous. Vous êtes connecté ? Où que vous soyez, qui que vous soyez – étudiant ou professionnel -, vous pouvez vous former. Plus encore qu’une révolution éducative, les MOOC portent l’espoir d’une transformation sociale.

    Avec comme pionniers Coursera (près de 3 millions d’utilisateurs), Udacity, et edX (émanation d’Harvard, de Berkeley et du MIT) qui leur confère une sérieuse crédibilité, les MOOC sont aujourd’hui en plein boom : l’engouement est sans frontières. Pas moins de 155 000 étudiants ont suivi le premier cours d’edX (une introduction du MIT aux circuits) il y a un an – un record : « C’est plus que le nombre total d’anciens du MIT depuis ses 150 ans d’existence » s’enthousiasme Anant Agarwal, ancien directeur du département Intelligence Artificielle du MIT et actuel président d’edX.

    La France n’échappe pas à la vague MOOC : elle commencera à déferler dans nos écoles à la rentrée 2013. En annonçant récemment son partenariat avec Coursera, Polytechnique devient le premier établissement d’enseignement supérieur français à diffuser gratuitement ses cours sur cette plate-forme.

    Changer l’enseignement

    Les cours des universités les plus prestigieuses du monde « pour qui veut, n’importe où, n’importe quand », de quoi faire tomber les barrières… Les MOOC sont un formidable appel à la contribution, un crowdsourcing de la connaissance. Mitch Duneier, Professeur de sociologie à l’université de Princeton, partage ce témoignage édifiant d’un cours donné via Coursera à 40 000 étudiants connectés depuis une centaine de pays différents : « Quand je donne ce cours sur le campus de Princeton, quelques étudiants posent des questions pertinentes. [Avec Coursera], quelques heures seulement après avoir posté le cours en ligne, le forum du cours s’est animé avec des centaines de commentaires et de questions. Quelques jours plus tard, il y en avait des milliers… En trois semaines, j’avais reçu plus de retours sur mes idées en sociologie que je n’en avais jamais eu en tout une carrière. Cela a eu un impact significatif sur mes cours et mes séminaires futurs. »

    Avec les MOOC, chacun devient contributeur, le partage des connaissances individuelles produit l’empowerment collectif. La révolution est en marche : tout apprenant est aussi, potentiellement, « enseignant ».

    Changer le monde

    La promesse des MOOC est d’autant plus grande pour les pays en voie de développement comme le Salvador. Pour Shai Reshef, président de University of the People ils sont un véritable outil de transformation sociale : « Quand vous formez une personne, vous pouvez changer sa vie. Quand vous en formez beaucoup, vous pouvez changer le monde. » 

    >> Image utilisée en Une de ce billet issue de « Revolution Hits the Universities », Thomas L. Friedman, NY Times.com, 26 janvier 2013 (lien)
  • Apr 19, 13

    Le « live » ne suffit plus : à l’heure où le web hybride tout ce qui, dans nos vies, mérite d’être raconté, annoté et commenté, une bonne couverture d’événement se doit d’offrir au spectateur connecté de mettre pause pour s’informer, fact-checker, commenter, et pourquoi pas rembobiner son événement en direct – pour lui permettre, comme dans toute autre occasion de son existence numérique, d’être à la fois « ici et ailleurs », partout où l’info passe et où « des choses se passent ».

    Mais comment offrir cette désynchronisation des temps ? En s’associant avec l’IRI sur ses Entretiens du Nouveau Monde Industriel, Knowtex et le Lycée Jacques Prévert apportent leurs éléments de réponse : le dispositif qu’ils ont mis en place a permis d’augmenter chaque conférence pour proposer une “expérience spectateur » sophistiquée. A la lumière de leur présentation et du barcamp organisé pour l’occasion sur les pratiques numériques événementielles, on reviendra ici sur quelques lignes de force qui traversent la notion d’événement numérique et aident à en saisir les enjeux.


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    Transmédia et communautaire

    Que la couverture numérique d’un événement soit une affaire suffisamment sérieuse pour être orchestrée par des professionnels des médias, cela ne fait plus de doute. A l’image des forums Libération, décrits comme faisant partie intégrante du projet journalistique de Libé, de nombreux spécialistes des nouveaux médias orchestrent déjà l’événement comme un moment clé dans une séquence éditoriale qui le précède et le suit. Avant la conférence on fera volontiers monter, par un travail journalistique, la thématique du débat auprès d’un public qu’il s’agit d’amener à se déplacer. Pendant la conférence, la “newsroom” est le coeur d’un live qui se joue avant tout sur les nouveaux médias. Et après ? Les traces numériques laissées par l’événement peuvent enrichir un dossier de presse des plus interactifs.

    Avec tous ces canaux, l’événement numérique n’est donc pas seulement médiatique : il est aussi transmédia. En témoignent bien entendu les pratiques consistant à placer derrière les intervenants d’un forum un écran diffusant ce qui s’en dit sur Twitter – pratique que d’aucuns trouveront perturbante voire intrusive, quoique différentes techniques existent pour rendre cette hybridation plus discrète. On rappellera aussi le rôle “fondamental”, selon Gayané Adourian et Nicolas Loubet qui ont pris part à l’organisation de la newsroom ENMI, d’un animateur placé sur scène et dont la tâche sera d’assurer la médiation entre le public physiquement présent et les “spectanautes”. Est-il l’ouvreur d’une sorte d’agora parallèle, ou le “metteur en scène” d’une interactivité sous contrôle qui fait partie du spectacle ? Sans doute un peu des deux.

    sur scène…

    …et en coulisses

    Et en se vivant comme un agrégat de réactions sur les réseaux sociaux, l’événement numérique est en tout cas communautaire à plusieurs titres. Médiation ou pas, les communautés d’intérêts se forment et discutent “dans le nuage” tout autour du speaker. L’événement catalyse une relation. Ensuite les gens ont envie de faire des choses ensemble. Qu’est-ce que les organisateurs de l’événement peuvent leur proposer ? De la mobilisation des communautés dépend aussi le succès du dispositif et des outils proposés, qui permettent à chaque fois d’inventer un nouvel usage, d’une nouvelle pratique d’hybridation au service de l’événement – pour peu qu’on aura pensé à installer le wifi dans la salle.
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    Eparpillé et concentré

    Il semble loin le temps où les forums en ligne régnaient en maître sur un web qui se découvrait “social”. L’époque où il suffisait d’ouvrir un “topic” ou d’écrire un article, puis d’attendre que les commentaires s’accumulent sur la page gardera peut-être un parfum de “temps des cerises” de la communication web : centralisée, la participation restait aussi facile à valoriser qu’à contrôler.

    Las : les réseaux et applications numériques qui permettent de commenter, d’annoter et d’enrichir un d’événement aujourd’hui gravitent tout autour de nous. Et pas seulement parce qu’ils sont mobiles : les tweets, photos Instagram, notes collaboratives, liens de contexte et bientôt extraits vidéo s’échappent dans tous les sens. Ils sont les ondes courtes d’un “bruit” qu’il s’agit de capter, des sons épars qu’on sera volontiers tenté de recomposer en symphonie et d’amplifier, pour donner sens et cohérence à la couche d’information produite autour de l’événement.

    Quoi qu’il en soit, cette « reconcentration » ne dépassera sans doute jamais un certain stade : les outils de l’événement numérique ressemblent pour le moment davantage à un archipel qu’à un système intégré – un archipel dont les îles applications multiples (PolemicTweet, Unishared, Sharypic, Storify…) répondent à la diversité des contributions qu’elles sont sensées catalyser. En retour, ces « tableaux de bord » des échanges en ligne structureront difficilement de véritables conversations en parallèle de l’événement. Et la limite ici n’est pas seulement technique, car comment écouter un speaker, commenter et débattre en ligne tout à la fois ? Même pour qui s’estime bon multitaskeur, le cerveau humain a ses limites*.

    Folkbladet (artwork by Erikjohansson)

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    Entre communication et documentation

    Concentration, propagation… puis capture et remise en boite ? Que la “reconcentration” soit le troisième mouvement de l’info, les “éventorialistes” aimeraient bien. “Eventorialiser” (éditorialiser un événement, un mot qu’on proposera au dico des métiers du futur, peut-être avec profit ?), c’est donc succomber à la tentation de tirer au milieu des bavardages des spectateurs le fil qui permettra de re-raconter l’histoire de la façon qui nous plaira. Ou a minima d’établir un recueil des réactions, sorte de “livre d’or”, de collection d’humeurs liées à l’événement.

    Autrement dit, après le temps de l’événement où l’accompagnement numérique servira volontiers à la communication (attirer des spectateurs, amplifier l’impact…), vient le temps de la documentation, ou les passionnés retrouveront les infos qu’ils auront manquées, des explications supplémentaires… Ce moment ravira deux paroisses de geeks : d’abord celle qui s’en est tenue aux sermons des prophètes du SoLoMo, et qui y verront un moyen de graver les tweets dans le marbre géo-tempo-contexto-localisé de l’événement. Ensuite, les évangélistes du web sémantique : ces geeks-là, ce sont les amateurs de données en tout genre, les constructeurs patients de connaissances structurées. Pour ceux que j’ai rencontrés au barcamp, les tweets liés à un événement sont autant de briques à empiler pour offrir un accès à une nouvelle forme de connaissance.

    Transmédia et communautaire. Eparpillé et concentré. Communicant et documentaire. Les principales caractéristiques de l’événement “augmenté” en font donc un objet numérique non identifié, à la fois ubiquitaire (on peut le suivre de partout) et sans fin (avec ou sans éditorialisation, on peut le revivre à travers ses traces laissées dans la mémoire du web). Une brèche dans nos repères spatio-temporels dans laquelle s’engouffreront, à n’en pas douter, les plus surprenantes des pratiques numériques à venir.
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    (*) Des limites que certains participants au barcamp se verraient toutefois bien dépasser. Enumérant les chances que l’outil numérique ouvre un jour un véritable espace de débat démocratique et de création en marge de l’événement, ils reconnaissent pourtant certains freins. Par exemple, pour que le « spectanaute » puisse s’intégrer à un processus collectif et y confronter sa subjectivité, il faudrait que cet espace offre différents points d’entrée et permette à différents niveaux d’expression d’exister. Or on constate plutôt l’inverse : la montée en expertise des contributions génère souvent un « nivellement par le haut » qui exclut des contributeurs au fil du temps. Aux limites techniques et physiologiques s’ajoutent donc des freins culturels et sociaux… et l’agora numérique attendra.

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